
Prosper
Réalisateur : Yohann Gloaguen
Genre : Comédie, Fantastique, Thriller
Acteurs et actrices : Jean-Pascal Zadi, Cindy Bruna, Mamadou Minté
Nationalité : France
Date de sortie : 2 avril 2025
Depuis le triomphe mérité de Tout simplement noir, qui lui valut en 2021 le César du meilleur espoir masculin, Jean-Pascal Zadi enchaîne les projets avec une frénésie indéniable. Pourtant, si son ascension dans le paysage cinématographique français fut aussi soudaine que fulgurante, une tendance s’impose : l’acteur semble irrémédiablement assigné au registre de la comédie, en particulier lorsqu’elle flirte avec l’absurde ou le décalé. Une prédilection qui fait de Prosper un objet cinématographique taillé sur mesure pour lui. Et pour cause : en mariant comédie, fantastique et polar, le premier long-métrage de Yohann Gloaguen promettait une approche singulière et rafraîchissante. Une ambition toutefois rapidement dissipée.
L’histoire est celle de Prosper, modeste chauffeur Uber, qui bascule dans l’extraordinaire lorsqu’un passager d’un genre singulier succombe sous les balles sur la banquette arrière de son véhicule. L’homme en question n’est autre que King, gangster flamboyant et figure éminente de la SAPE (Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes). Pris de panique, Prosper se débarrasse du cadavre et s’empare d’une paire de bottines en crocodile appartenant au défunt. Ce qu’il ignore encore, c’est que ces chaussures sont le pont entre deux mondes. En les chaussant, il devient l’hôte involontaire de l’âme de King, dont l’aura charismatique et l’assurance tranchent radicalement avec sa propre maladresse. Dès lors, un duo improbable cohabite dans un seul corps, oscillant entre timidité et panache, contraint de mener l’enquête pour identifier l’assassin de King.
Ce postulat, aussi audacieux qu’original, repose sur un équilibre fragile. Ancrée dans l’univers codifié et communautaire de la SAPE (la sapologie ou l’art de bien s’habiller au Congo), la narration exigeait une maîtrise subtile du ton et du rythme pour capter l’intérêt d’un large public étranger à cet univers. Or, ce n’est pas tant la spécificité du sujet qui pose problème que son traitement à l’écran. Là où l’on espérait une intrigue ciselée, une mise en scène léchée et une verve comique acérée, Prosper échoue à s’imposer comme une proposition aboutie.
Le film s’engouffre dans une première moitié laborieuse, où l’intrigue peine à se déployer, alourdie par une multitude de personnages secondaires qui diluent l’attention. Là où l’on attendait des dialogues incisifs et des situations burlesques, l’humour se fait trop discret, se limitant à quelques sourires convenus. Quant à la dimension fantastique – incarnée par ces fameuses bottines en croco –, elle demeure sous-exploitée, réduite à un simple prétexte narratif qui ne parvient jamais à transcender le récit. L’intrigue policière, quant à elle, suit un chemin balisé, dénué de réelles surprises, et s’achève sur une résolution prévisible.
Se voulant audacieux dans un paysage cinématographique hexagonal peu enclin à explorer ce type de mélange des genres, Prosper demeure une œuvre bancale, tiraillée entre plusieurs tonalités qu’elle ne parvient jamais à harmoniser. Trop lent pour un polar, trop tiède pour une comédie, trop timoré pour une fable fantastique, le film s’enlise dans une mise en scène atone, peinant à donner corps à son ambition initiale. Une production de niche qui risque de sombrer rapidement dans l’oubli.